À Pons, dans le sud de la Charente-Maritime, les chaînes qui enrobaient de chocolat les madeleines Colibri se sont arrêtées fin octobre. L’usine, l’une des plus anciennes biscuiteries de la région, a fermé ses portes après plus de cent trente ans d’activité. La marque ne disparaît pas : sa production part en Loire-Atlantique, dans une usine neuve de son propriétaire. Le dossier est petit par ses effectifs, mais il illustre un cas de figure de plus en plus fréquent : un site rentable sur le papier, mais dont le groupe propriétaire a décidé qu’il n’avait plus sa place.
Plan de l'article
Les faits : une fermeture actée, une production transférée #
Selon ICI La Rochelle, les machines se sont arrêtées le mercredi 28 octobre, la fin de semaine étant consacrée au nettoyage de l’usine. Le site appartient au groupe breton Roullier, via sa filiale Paticeo. Les chaînes sont transférées vers une nouvelle usine du groupe, à Derval, en Loire-Atlantique. Seule une poignée d’ouvriers suivra les machines.
Pour l’essentiel des soixante salariés, c’est le licenciement. Actu La Rochelle indique que le vendredi 30 octobre a été le dernier jour de l’usine et que les pistes de reprise évoquées ces derniers mois n’ont pas abouti.
Diagnostic : trois signaux qui annonçaient la fin #
Une cessation annoncée près d’un an à l’avance
La fermeture n’a rien d’une surprise. D’après Le Revenu, la cessation d’activité avait été annoncée fin 2025 et contestée par une grève. Les salariés reprochaient alors au groupe un sous-investissement chronique. Un site qui ne reçoit plus de crédits de modernisation pendant plusieurs années est rarement un site que l’on compte garder.
Un nouvel outil construit ailleurs
Deuxième signal : la construction d’une usine neuve à Derval. Quand un groupe agroalimentaire investit dans une unité moderne capable d’absorber la production d’un site ancien, le sort de ce dernier est en général scellé. La maire de Pons, Fabienne Dugas-Raveneau, citée par ICI, estime que l’outil de Derval coûte « quatre fois plus cher » qu’une modernisation sur place. Elle ne s’explique pas ce choix.
Un marché sous pression
Troisième facteur, plus structurel : la pâtisserie industrielle reste pénalisée par la concurrence des marques de distributeurs, rappelle Le Revenu. Sur un produit comme la madeleine, les volumes se jouent souvent en marque de distributeur, avec des marges serrées. Une usine ancienne, en centre-ville, a du mal à suivre face à des lignes neuves plus automatisées.
Les explications contestées par la commune #
La version locale est plus sévère. La maire de Pons affirme avoir présenté à Roullier un repreneur pour l’usine et pour la marque, qui n’aurait jamais pu consulter le dossier. Elle soupçonne le groupe d’avoir fragilisé artificiellement les comptes du site, notamment en lui faisant payer un loyer élevé pour l’usage de la marque Colibri. Ces accusations, rapportées par ICI, n’ont pas fait l’objet d’une réponse détaillée du groupe dans les articles consultés.
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Au niveau national, le dossier était remonté jusqu’à l’Assemblée. Le 10 décembre 2025, le ministre de l’Économie Roland Lescure avait parlé d’un « véritable drame industriel » et promis un accompagnement des 68 salariés alors concernés ainsi que la recherche d’un repreneur, selon Le Revenu.
La question du site après la fermeture #
Reste le bâtiment, situé en plein centre de Pons, une commune d’environ 4 600 habitants. La mairie espère que les collectivités pourront racheter les murs, mais refuse le prix de 3 millions d’euros avancé par Roullier, d’après ICI. Elle souhaite y installer rapidement une activité liée aux filières enseignées au lycée Émile-Combes. La commune dit travailler sur le dossier avec la communauté de communes de Haute-Saintonge.
Ce type de friche en cœur de ville pose toujours les mêmes questions. Qui finance la dépollution éventuelle et la remise aux normes ? Quel usage reste compatible avec un environnement résidentiel ? Et combien de temps l’immobilier reste-t-il vide avant un nouveau projet ?
Ce que ce dossier enseigne #
L’affaire Colibri rappelle une règle que l’on retrouve dans beaucoup de fermetures récentes : la décision se prend rarement le jour de l’annonce. Elle se lit des années avant, dans les investissements qui ne viennent pas et dans les projets qui se montent ailleurs. Pour les salariés comme pour les élus, ces signaux faibles sont le meilleur moment pour agir : chercher un repreneur, négocier la marque, préparer la reconversion du site.
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À Pons, ces leviers n’ont pas suffi. La madeleine Colibri continuera d’exister en rayon, mais elle ne sera plus fabriquée dans la ville qui l’a vue naître.
Questions fréquentes #
Pourquoi l’usine Colibri de Pons a-t-elle fermé ?
Le groupe Roullier, propriétaire via Paticeo, a transféré la production vers une usine neuve à Derval, en Loire-Atlantique. Les salariés dénonçaient un sous-investissement chronique, et aucun repreneur n’a abouti.
Combien de salariés sont concernés ?
Une soixantaine de salariés perdent leur emploi ; seule une poignée d’ouvriers suit les machines à Derval. Fin 2025, le ministre de l’Économie évoquait 68 salariés concernés.
Que va devenir le bâtiment de l’usine ?
La mairie de Pons souhaite que les collectivités rachètent les murs pour y implanter une activité liée aux formations du lycée local, mais elle conteste le prix de 3 millions d’euros avancé par le groupe.




