Bios Développement à Salindres : le diagnostic d’une usine d’engrais bio suspendue à un repreneur

À Salindres, dans le bassin alésien, une petite usine d’engrais biologiques vit peut-être ses dernières semaines. Bios Développement, dix salariés, a confirmé fin octobre son projet de fermeture lors d’un comité social et économique extraordinaire. Un repreneur doit pourtant visiter le site dans les jours qui viennent. Le dossier est modeste par sa taille, mais il réunit presque tous les ingrédients qui fragilisent aujourd’hui les sites industriels de proximité.

Les faits : une fermeture annoncée en visioconférence #

Le projet a été annoncé aux salariés le 16 octobre, lors d’une visioconférence, rapporte Objectif Gard. Deux employés se sont ensuite rendus dans le Maine-et-Loire, à Bellevigne-les-Châteaux, pour assister au CSE extraordinaire organisé dans les locaux d’Éléphant Vert, le groupe qui détient Bios Développement et sa maison mère, Bio 3G. La direction y a confirmé la poursuite du projet. Selon les salariés, l’échéance est fixée à quarante et un jours.

La presse locale suit le dossier depuis plusieurs jours. Midi Libre évoquait dès le 26 octobre dix emplois menacés sur le site, avant de relayer le 30 octobre l’espoir placé par l’équipe dans une reprise.

À lire Hutchinson Briare : le diagnostic d’une usine de pièces en caoutchouc condamnée d’ici 2028

Diagnostic : trois fragilités qui se cumulent #

Un volume en recul depuis trois ans

Le premier signal est industriel. D’après les salariés cités par Objectif Gard, la production atteignait encore 15 000 tonnes il y a trois ans, avant de reculer avec la hausse des matières premières. Le site ne fabrique plus que 9 000 tonnes. Une baisse d’environ 40 % qui pèse mécaniquement sur l’absorption des frais fixes : bâtiment, énergie, maintenance et encadrement se répartissent sur moins de tonnes vendues.

Une activité déjà en partie transférée

Le deuxième signal est plus révélateur. La production de produits liquides, qui représentait une part importante de l’activité, a cessé à Salindres et a été transférée il y a trois ans à Bellevigne-les-Châteaux, toujours selon Objectif Gard. Dans un groupe multisite, ce type de transfert vide souvent progressivement un établissement de sa valeur : il garde les fabrications les moins rentables et perd celles qui justifiaient l’investissement. Le site devient alors la variable d’ajustement naturelle au premier choc.

Une mise en conformité restée en suspens

Le troisième élément est réglementaire. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) avait prononcé en juin une mise en demeure imposant une mise aux normes de l’installation. Le délai a expiré fin septembre. Les salariés rapportent que la direction impute une partie de la décision à cette procédure, et à la mairie qui l’aurait signalée. Le maire, Étienne Malachanne, dément catégoriquement auprès d’Objectif Gard et assure au contraire vouloir aider pour que cet arrêté « ne soit pas un frein à la reprise ».

Le schéma est classique : quand un site déjà fragilisé doit engager des travaux de conformité, l’arbitrage financier du groupe bascule souvent vers la fermeture plutôt que vers l’investissement.

À lire Bosch Vendôme : le diagnostic d’une usine en grève contre sa propre vente

Les explications de la direction #

Selon les salariés, la direction a justifié sa décision par plusieurs facteurs : la guerre en Ukraine, la hausse du coût de l’énergie et la baisse des commandes. Des arguments cohérents avec les difficultés de nombreux fabricants d’intrants agricoles depuis 2022, mais qui n’expliquent pas à eux seuls pourquoi c’est ce site, plutôt qu’un autre, qui est visé. Les demandes de primes supralégales formulées par l’équipe ont par ailleurs été refusées, d’après le même article.

Les pistes de sortie #

Deux scénarios coexistent. Le premier, celui que les salariés jugent le plus sérieux, est la venue d’un repreneur qu’ils disent connaître et qui doit visiter le site. Une reprise permettrait de conserver l’outil et les savoir-faire, à condition de lever le préalable réglementaire posé par la DREAL. C’est sur ce point que la commune se dit prête à accompagner un projet.

Le second, évoqué par la direction, consiste en une solution individuelle auprès de la société IRIS, implantée à quelques mètres. Il ne s’agirait pas d’une reprise du site, mais de candidatures au cas par cas. Pour une équipe dont plusieurs membres comptent quinze à vingt ans d’ancienneté, la différence est de taille : l’une préserve un collectif et un outil, l’autre disperse les compétences.

Le rôle des acteurs publics

Les salariés indiquent avoir tenté de joindre la sous-préfète et le président de l’agglomération d’Alès, sans retour à ce stade. Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie et conseiller municipal délégué à la vie économique de Salindres, s’est en revanche déplacé sur le site. La mairie affirme avoir informé la sous-préfecture.

À lire Fibre Excellence Saint-Gaudens : le diagnostic d’une dernière usine de pâte à papier au bord de la liquidation

Ce que ce dossier enseigne #

Bios Développement illustre une mécanique qu’on retrouve dans beaucoup de petits sites rattachés à des groupes : baisse de volumes, transfert des productions à forte valeur, puis une contrainte réglementaire qui sert de déclencheur. Pour un repreneur, l’analyse doit porter sur trois points : le coût réel de la mise en conformité exigée, la capacité à retrouver des volumes sans la gamme liquide partie ailleurs, et la disponibilité des matières premières à un prix soutenable.

La visite annoncée dira si ces conditions peuvent être réunies. Le compte à rebours, lui, est déjà lancé pour les dix salariés de Salindres.

Expertise Industrielle est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Diagnostic

agence web en Seine-et-Marne — expert SEO freelance