Quatre usines Stellantis s’arrêtent en France ce mois d’octobre, et deux d’entre elles, Rennes et Sochaux, le font faute de batteries. Le fournisseur, ACC, tourne pourtant à plein : c’est la montée en cadence de sa gigafactory du Pas-de-Calais qui ne suit pas la demande. Un cas d’école de goulot d’étranglement dans une chaîne industrielle intégrée.
Plan de l'article
Quelles usines s’arrêtent, et pourquoi ? #
D’après franceinfo, qui a fait le point le 19 octobre, Mulhouse est à l’arrêt depuis la fin de la semaine précédente pour deux semaines. Poissy s’est arrêtée le lundi 19 octobre. Rennes et Sochaux suivent dans la semaine, pour une durée d’environ une semaine à dix jours.
Les causes ne sont pas les mêmes partout. À Poissy et Mulhouse, l’arrêt relève surtout de la conjoncture et de la gestion des stocks. Économie Matin relie l’arrêt de Mulhouse, du 15 au 30 octobre, aux ventes décevantes des nouvelles Peugeot 308 et 408. À Rennes et Sochaux, en revanche, la raison est un manque de batteries longue autonomie fournies par ACC.
L’ampleur est notable : environ 8 400 salariés, soit près de 20 % des effectifs français du groupe, passent en chômage partiel, et 1 900 intérimaires en chômage technique, selon franceinfo.
Un fournisseur à pleine capacité, mais en retard sur la demande #
ACC (Automotive Cells Company) est une coentreprise de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz. Sa gigafactory du Pas-de-Calais produit des batteries depuis deux ans. Elle peine à suivre une demande forte, en particulier pour les Peugeot 3008 et 5008 et le Citroën C5 Aircross.
Son secrétaire général, Matthieu Hubert, l’a résumé, selon les propos rapportés par franceinfo : « On tourne vraiment au maximum de nos capacités actuelles. » Il ajoute que l’usine a fabriqué en septembre plus que sur toute l’année 2025, et estime pouvoir doubler sa production l’an prochain.
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Le paradoxe n’est qu’apparent. Une production qui progresse très vite peut rester insuffisante si la demande de l’aval progresse encore plus vite. C’est exactement ce que décrit ACC : quand la demande commerciale dépasse ce qu’il est capable de fournir, un décalage se crée.
Ce que révèle une montée en cadence difficile #
Le rendement, nerf de la guerre des gigafactories
La difficulté n’est pas nouvelle. Économie Matin rappelle que l’ancien dirigeant d’ACC, Yann Vincent, déclarait fin 2025 : « Nous sommes seulement à la moitié aujourd’hui de ce que nous visions en début d’année. » Il a été remplacé en mai 2026 par Allan Swan.
Dans une usine de cellules, la capacité nominale ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la part de cellules conformes en sortie de ligne et la stabilité du procédé. Tant que ces paramètres ne sont pas maîtrisés, chaque équipe supplémentaire ajoute du volume, mais pas forcément du volume utilisable. C’est là que se joue le diagnostic d’une montée en cadence.
Un fournisseur unique, un risque concentré
Le cas illustre aussi la fragilité d’un approvisionnement mono-source. Quand l’actionnaire est aussi le client, la tentation est forte de tout miser sur le fournisseur maison. Stellantis affirme garder toute sa confiance dans ACC et souligne de « nets progrès » depuis septembre. Mais la moindre dérive de cadence se transmet directement aux lignes d’assemblage.
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Rennes avait déjà connu un arrêt en avril 2026, cette fois à cause de boîtes de vitesse hybrides, selon Économie Matin. Deux arrêts liés à l’approvisionnement en six mois sur le même site, c’est un signal que tout expert en continuité d’activité regarderait de près.
Gestion des stocks : l’autre lecture des arrêts #
Tous les arrêts ne s’expliquent pas par la pénurie. Un représentant FO de Poissy, cité par franceinfo, indique que les stocks doivent être au plus près de zéro d’ici fin octobre, notamment pour la notation financière et la confiance des marchés. Le groupe a consommé 10 milliards d’euros de trésorerie en deux ans, en grande partie à cause d’invendus chez les concessionnaires américains.
Pour un industriel, la leçon est double. Il faut distinguer l’arrêt subi, lié à un fournisseur, de l’arrêt choisi, lié aux stocks. Les deux se traitent différemment, et les confondre fausse l’analyse des causes.
Et la suite pour les sites concernés ? #
Les perspectives diffèrent. Poissy doit arrêter la production automobile en 2027 pour devenir un site de recyclage. Mulhouse, qui fabrique les 308 et 408, attend de nouvelles générations de modèles, et Stellantis y avait annoncé 400 millions d’euros d’investissement, selon Économie Matin. Pour Rennes et Sochaux, tout dépendra du rythme auquel ACC tiendra sa promesse de doublement.
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Questions fréquentes #
Pourquoi ACC ne livre-t-il pas assez de batteries ?
Selon son secrétaire général, l’usine tourne au maximum de ses capacités actuelles, mais la demande pour les modèles électriques concernés dépasse ce qu’elle peut fournir.
Combien de salariés sont concernés ?
Environ 8 400 salariés en chômage partiel et 1 900 intérimaires en chômage technique, d’après franceinfo.
Les arrêts sont-ils tous liés aux batteries ?
Non. Seuls Rennes et Sochaux sont touchés par la pénurie ; Poissy et Mulhouse s’arrêtent surtout pour des raisons de conjoncture et de stocks.




