Bosch Vendôme : le diagnostic d’une usine en grève contre sa propre vente

À Vendôme, dans le Loir-et-Cher, l’usine Bosch qui fabrique des colonnes de direction pour l’automobile vit au rythme d’une grève illimitée depuis le mardi 27 octobre 2026, suivie par une majorité de salariés. Ils ne réclament ni prime ni hausse de salaire : ils demandent l’arrêt pur et simple de la vente de leur site.

C’est une situation rare dans un dossier de cession industrielle. D’ordinaire, les salariés d’un site mis en vente se battent pour qu’un repreneur se présente. À Vendôme, ce sont les candidats eux-mêmes qui sont contestés.

Un site en vente depuis juin 2025 #

Le groupe allemand a annoncé la mise en vente du site en juin 2025. Près d’un an et demi plus tard, aucun repreneur n’a été retenu, comme le rappelle France 3 Centre-Val de Loire. Le site produit notamment des colonnes de direction, la pièce qui relie le volant au reste du système de direction.

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Ce délai pèse sur l’atelier. Une usine en vente vit avec des investissements gelés, des clients qui s’interrogent sur la continuité des livraisons et des équipes qui ne savent pas qui sera leur employeur l’an prochain. Plus la période s’allonge, plus l’attente use les équipes, et c’est ce que traduit le vote des salariés.

Le référendum du 26 octobre #

Le lundi 26 octobre, les salariés ont été consultés par référendum sur l’avenir du site. Sur 198 votants, 60 % se sont prononcés pour l’arrêt du processus de vente. « On est mené en bateau depuis des mois. Il y a un manque de confiance envers la direction », ont expliqué les représentants syndicaux à France 3.

Benoît Freudenreich (CFDT) et Patrick Pigoreau (CGT) affirment ne pas avoir été opposés à une reprise au départ. Mais après l’examen des dossiers, appuyé sur les conclusions d’une société d’expertise, ils jugent les candidats « pas assez fiables ». Selon eux, les garanties sur l’emploi manquent ou se résument à « de belles promesses ».

Le déclencheur est arrivé la semaine précédente. Un nouveau repreneur est venu visiter le site, « à la demande de Stellantis » d’après les syndicats. Stellantis est le premier client de l’usine en volume de production. Les représentants du personnel ont demandé à voir son plan de relance, sans réponse, puis ont lancé des débrayages avant de passer à la grève illimitée.

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La lecture de la direction #

Bosch France conteste cette version. L’entreprise dément que la visite ait eu lieu à la demande de Stellantis : le candidat « avait besoin d’une nouvelle visite, avant de retravailler son projet de relance ».

Sur le vote, la direction met en avant les 40 % de votants qui ne veulent pas arrêter la vente, et rappelle que tous les collaborateurs n’ont pas voté, à commencer par les intérimaires. Les syndicats répondent que les intérimaires sont rattachés à leur agence et ne font pas pleinement partie de l’entreprise.

Bosch dit respecter le droit de grève, mais prévient qu’un mouvement prolongé pourrait fragiliser la confiance des clients et des repreneurs potentiels. C’est le point sensible de tout conflit pendant une cession : la grève est le seul levier des salariés, mais elle peut aussi décourager les candidats dont dépend l’avenir du site.

Deux dates à retenir : le 3 et le 15 décembre #

D’après Bosch France, citée par Clubic, les projets des différents candidats seront présentés le 3 décembre, et une décision sur la reprise est attendue le 15 décembre. La direction entend donc mener la vente à son terme, quand une majorité des votants refuse de « signer un chèque en blanc ».

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D’ici là, la question centrale reste celle des engagements. Un plan de reprise solide se juge sur des éléments vérifiables : volumes de commandes sécurisés auprès des clients, investissements chiffrés, maintien des effectifs sur une durée précise. C’est précisément ce que les représentants du personnel disent ne pas trouver dans les dossiers examinés.

Un équipementier sous pression #

Le cas de Vendôme s’inscrit dans un mouvement plus large chez le premier équipementier automobile mondial. Bousculé par une électrification plus lente que prévu et par la montée des concurrents chinois, Bosch réduit ses effectifs et revoit son organisation. Le groupe a annoncé l’an dernier quelque 13 000 suppressions de postes d’ici 2030, en majorité en Allemagne, rappelle Clubic.

Pour un site comme Vendôme, dont l’activité dépend fortement d’un grand constructeur, le diagnostic est connu. La valeur de l’usine tient moins à ses machines qu’à son carnet de commandes. Tant que le principal client ne s’engage pas clairement aux côtés d’un repreneur, le doute sur l’emploi reste entier.

Ce que révèle le conflit #

Le conflit de Vendôme montre qu’une cession ne se joue pas seulement entre un vendeur et un acheteur. Les salariés, appuyés par une expertise indépendante, peuvent peser sur le calendrier et sur l’exigence de garanties. La direction, elle, considère que l’arrêt de la vente ne réglerait rien, puisque le site a été mis en vente par son propriétaire.

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Les prochaines semaines diront si la grève tient jusqu’à la présentation des offres du 3 décembre, et si l’un des candidats parvient à présenter un plan qui rassure les équipes. Dans un secteur automobile en pleine recomposition, le sort de ce site du Loir-et-Cher sera suivi de près par les autres sous-traitants de la filière.

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