Le délai fixé par le tribunal de commerce de Toulouse a expiré sans qu’aucune offre ferme ne soit déposée pour l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Selon une dépêche AFP du 23 octobre, l’absence de candidat doit logiquement conduire à une liquidation judiciaire prochaine, alors qu’une audience est prévue le 3 novembre. Le site emploie environ 270 salariés et reste le dernier lieu de production de pâte à papier en France.
Le dossier n’est pourtant pas refermé. Un groupe papetier portugais a fait savoir son intérêt, et un projet de 200 millions d’euros circule. Retour sur un dossier qui concentre la plupart des fragilités de l’industrie lourde française.
Plan de l'article
Six mois de procédure, deux sites, deux issues #
Fibre Excellence a été placée en redressement judiciaire fin avril 2026. Le groupe exploitait alors deux usines : Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, et Saint-Gaudens. Fin juillet, le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté l’offre de reprise globale présentée par Matthieu Pigasse (Combat Holding), qui prévoyait le maintien d’environ 670 emplois, rapporte Localtis, le média de la Banque des Territoires.
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Le sort des deux sites s’est alors séparé. Tarascon, qui employait près de 275 personnes, a été liquidé et a définitivement fermé ses portes le 28 août. Saint-Gaudens a obtenu un répit grâce à la lettre d’intention d’un industriel, puis une poursuite d’activité requise par le ministère public lors de l’audience du 8 septembre.
Une offre conditionnée à l’argent public
Le rejet de l’offre Pigasse tient en partie à son montage. Selon Localtis, l’homme d’affaires conditionnait sa reprise à un soutien supplémentaire de l’État de 110 millions d’euros, qui ne lui a pas été accordé. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, avait jugé l’apport proposé par Combat Holding, 5 millions d’euros, « pas au niveau » des efforts consentis par l’État, qui affirme avoir mobilisé plus de 200 millions d’euros en faveur de l’entreprise au fil des années.
Le cabinet Secafi, mandaté pendant la procédure, avait pourtant jugé ce projet « crédible ». L’écart entre l’avis de l’expert et la décision des juges illustre une constante des dossiers de reprise : la crédibilité industrielle ne suffit pas quand le financement repose sur un tiers qui ne s’est pas engagé.
Le prix du bois au cœur du diagnostic #
Pour une usine de pâte à papier, la matière première est le premier poste de risque. Les experts de Secafi expliquaient en partie les difficultés du groupe par la flambée du prix du bois, en hausse d’environ 50 % entre 2021 et 2025. Dans un courrier adressé au président de la République le 22 juillet, les soutiens de l’entreprise (syndicats, régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, département, intercommunalité et mairie) chiffraient ce surcoût à plus de 25 millions d’euros par an.
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Ils en attribuaient la cause à un mélange de facteurs : le développement « massif et fortement subventionné » du bois-énergie sans sécurisation des volumes destinés au bois d’industrie, le retard de transposition de la directive européenne RED III sur les énergies renouvelables, et la baisse des volumes issus des forêts publiques. Autrement dit, une concurrence d’usage sur la même ressource, arbitrée par des politiques publiques plutôt que par le seul marché.
Ce que l’on retient pour un site industriel
Le cas est instructif au-delà du papier. Une usine de process continu supporte des coûts fixes élevés et ne peut pas réduire sa cadence sans dégrader sa rentabilité. Quand le coût de l’intrant principal dérive durablement, sans possibilité de le répercuter sur un prix de vente fixé par un marché mondial, la trésorerie se vide vite. La sécurisation des approvisionnements, par contrats de long terme ou intégration amont, devient alors un élément du diagnostic aussi central que l’état des équipements.
Région, État et repreneur portugais : le scénario en cours #
Depuis l’été, les pouvoirs publics ont tenté de maintenir le site en état de redémarrer. Localtis rapportait en septembre que l’État s’était engagé à mobiliser 2 millions d’euros jusqu’au 30 septembre et que la région Occitanie engageait 3,5 millions d’euros, sur une enveloppe de 13 millions votée en faveur de la relance de Fibre Excellence. Un projet industriel de 90 millions d’euros avait été élaboré avec l’agence régionale des investissements stratégiques (Aris) et plusieurs partenaires, dont l’industriel alsacien Soprema.
À l’échéance du 22 octobre, aucune offre ferme n’a été déposée. Selon la CGT citée par l’AFP, trois courriers ont toutefois été transmis au tribunal : ceux de la région, de l’État et d’un groupe papetier portugais qui « réaffirme son intérêt particulièrement fort » pour l’outil industriel. Ce candidat n’aurait pas eu le temps de bâtir une offre en bonne et due forme.
Une source proche du dossier citée par l’AFP identifie ce groupe comme Ghost, entreprise portugaise spécialisée dans la transformation du papier et les produits d’hygiène, qui prévoit d’investir 200 millions d’euros dans son projet. Sollicité, le ministère de l’Industrie n’a pas donné suite.
Liquider pour mieux redémarrer ?
La CGT dit refuser de voir la liquidation comme une fin et parle d’une « période de transition pour préparer le redémarrage » dans quelques mois. Ce scénario d’une reprise à la barre après liquidation n’est pas rare, mais il comporte un risque technique précis : une usine de pâte à l’arrêt se dégrade, et ses équipes se dispersent. À Tarascon, d’anciens salariés alertent déjà sur la sécurité du site fermé, au point que la préfecture a pris début septembre un arrêté imposant au liquidateur de remettre en service les installations nécessaires à cette sécurité.
L’audience du 3 novembre dira si Saint-Gaudens bascule à son tour en liquidation. La suite dépendra de la capacité du candidat portugais à transformer une lettre d’intérêt en offre financée, et du maintien de l’outil en état de marche d’ici là.




