Incendies de l’été : la facture des assureurs et ce qu’elle dit du risque industriel

France Assureurs a actualisé ce vendredi 16 octobre le bilan financier des incendies qui ont frappé la Gironde, les Landes et le Var cet été. La facture pourrait atteindre 563 millions d’euros pour environ 22 500 sinistres, selon les chiffres communiqués à l’AFP. Un niveau sans précédent qui en dit long sur l’ampleur du travail d’expertise engagé depuis la mi-juillet, et sur ce que les entreprises exposées doivent en retenir.

Une facture réévaluée à la hausse par rapport au bilan d’août #

Le chiffre n’est pas tombé du ciel. Fin août, la fédération des assureurs avait livré un premier bilan provisoire évoquant 25 000 sinistres pour un coût estimé à près de 500 millions d’euros, comme le rappelle la dépêche AFP publiée par La Gazette France. Deux mois plus tard, le nombre de dossiers a été consolidé à la baisse, mais le montant global, lui, a grimpé de plus de 60 millions d’euros.

Cet écart entre estimation à chaud et chiffrage consolidé est classique dans les sinistres de grande ampleur. Les premières déclarations donnent un volume, mais seul le passage des experts sur le terrain permet de mesurer la réalité des dommages : bâtiments fragilisés par la chaleur, équipements contaminés par les suies, pertes d’exploitation qui s’étirent dans le temps. Le chiffrage définitif d’un grand sinistre est presque toujours supérieur au provisoire.

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Des indemnisations menées à un rythme inhabituel #

La présidente de France Assureurs, Florence Lustman, a rappelé les « drames humains » derrière ces montants et mis en avant la mobilisation de la profession pour verser les indemnisations « dans les meilleurs délais ». Les chiffres transmis à l’AFP détaillent cet effort : 56 % des sinistres habitation sont déjà clos, 71 % des sinistres ont été indemnisés partiellement ou totalement, et cette proportion atteint 93 % pour les habitations dont le dommage dépasse 150 000 euros.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Ce sont habituellement les gros dossiers qui traînent, car ils mobilisent des expertises longues et parfois contradictoires. Qu’ils soient ici traités en priorité témoigne d’un dispositif d’expertise dimensionné en conséquence, avec des équipes dépêchées massivement sur les zones touchées dès la fin de l’été.

Un été hors normes sur le plan du risque

Le contexte explique l’ampleur du bilan. Près de 100 000 hectares de forêt sont partis en fumée en France cet été, un record en vingt ans de mesures satellitaires, sur fond de canicules à répétition et de sécheresse historique. Le sinistre le plus vaste a frappé la Gironde, où 42 000 hectares ont brûlé à la mi-juillet — du jamais vu depuis 1949 — et où quelque 180 habitations ont été détruites dans le seul village du Porge.

La comparaison avec le précédent épisode majeur donne la mesure du changement d’échelle : les feux de l’été 2022 avaient généré environ 2 000 déclarations pour un coût de 80 millions d’euros, selon le bilan AFP établi fin août. En quatre ans, la facture assurée des feux de forêt a donc été multipliée par sept.

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Ce que les sites industriels et les entreprises doivent en tirer #

Pour les exploitants de sites en zone exposée — ateliers, entrepôts, installations de stockage en lisière de massif —, ce bilan est un signal. Le risque incendie d’origine naturelle n’est plus un scénario marginal dans les analyses de vulnérabilité : il devient un poste à part entière, au même titre que le risque machine ou le risque électrique.

Trois réflexes s’imposent. D’abord, documenter l’existant : un dossier à jour (plans, inventaires, valeurs d’actifs, photographies datées) accélère considérablement l’expertise en cas de sinistre, et c’est précisément ce qui a permis cette année des règlements rapides. Ensuite, vérifier l’adéquation des garanties, notamment sur les pertes d’exploitation, souvent sous-évaluées par rapport à la réalité d’un arrêt prolongé. Enfin, intégrer la défendabilité du site dans les diagnostics périodiques : débroussaillement des abords, accessibilité des secours, points d’eau — autant d’éléments que les assureurs scrutent désormais de près au moment de la souscription comme au moment du règlement.

Vers une expertise de plus en plus sollicitée

Le taux de clôture « exceptionnellement élevé » salué par Florence Lustman deux mois après la catastrophe ne doit pas masquer l’autre réalité : près de la moitié des dossiers habitation restent ouverts, et les dossiers professionnels, plus complexes, suivront leur propre calendrier. Les mois qui viennent diront si le chiffre de 563 millions d’euros constitue le point haut ou une nouvelle étape intermédiaire.

Une chose est acquise : avec des étés qui concentrent désormais canicules, sécheresse et feux hors normes, l’évaluation du risque et la qualité des diagnostics préalables ne sont plus des exercices de conformité parmi d’autres. Ce sont eux qui font la différence entre une entreprise indemnisée vite et bien, et une entreprise qui découvre ses angles morts au pire moment.

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